Intentions du réalisateur

Pourquoi est-ce que je veux faire ce film ?

Cela fait de nombreuses années que j’accompagne des aventurières et aventuriers dans les grands espaces naturels. J’avais notamment co-organisé et participé l’aventure d’Arthur en Aslaska racontée dans le film « Le Pouvoir des Rêves« .

L’expédition dont j’aimerais conter les aventures est la plus ambitieuse que j’ai mise sur pied : un mois d’autonomie totale au fin fond du nord canadien pour descendre la Nahanni, une des rivières les plus sauvages qui soit et escalader une paroi mythique avec 4 autres aventuriers moins expérimentés.

Sportivement, scéniquement et humainement, ce fut très fort. Mais cette expé résonne de façon très particulière pour moi. Descendre la Nahanni c’était un retour aux sources. C’est qu’à 15 ans j’ai dévoré “Nahanni”, le dernier livre de Roger Frison Roche et “Victoire sur la Nahanni”, le récit de la première descente. Ces livres m’ont littéralement propulsé dans l’Aventure. Les années passent et bien sûr il y aura d’autres expéditions, mais celle-ci restera aussi surtout celle de ma dernière grande escalade, de mon dernier “big wall”. J’ai eu la chance de vivre ce moment avec des compagnons de cordée qui pouvaient comprendre cet émouvant passage de témoin.

C’est aussi mon premier film en tant que réalisateur. Ici s’ouvre un tout nouveau chapitre pour continuer cette passion de transmettre qui est la mienne.

Pourquoi est-ce que je pars si souvent en expédition avec des plus jeunes ?

Tout d’abord, j’aime le silence et le rythme imposé par les grands espaces. Ensuite j’aime l’escalade, le packraft, le ski de rando nordique ou alpin, la marche etc. C’est chaque année plus difficile de trouver des gens de mon âge pour m’accompagner. J’ai donc résolu le problème en partant avec des plus jeunes qui en plus me challengent vachement.

Quelle est ma valeur ajoutée dans ces expéditions et qu’est-ce que j’y trouve ?

Nous vivons dans un monde de plus en plus virtuel où tout va de plus en plus vite. Je suis convaincu que les sports d’aventure peuvent être un antidote. En s’inventant une aventure, nous pouvons reprendre les rênes de nos vies mais à condition de respecter certaines règles.

Ma plus grande joie c’est d’aider les plus jeunes à dépasser la déconnade entre potes ou encore les challenges sportifs qu’ils se fixent, pour s’ouvrir au silence et au rythme du pas, de la pagaie ou du glissement du ski dans ces grands espaces. C’est là que nous pouvons découvrir notre propre musique, ce que nous sommes vraiment. C’est là que les masques tombent et qu’une nouvelle relation à l’autre peut s’enclencher, passionnante.

En même temps, ce que j’aime plus que tout c’est la transmission : rendre autonome ces jeunes aventurières et aventuriers dans la gestion des risques que ces aventures requièrent. Plutôt que d’acheter une aventure préfabriquée “all inclusive” y compris les photos à publier sur Facebook, j’essaie de les pousse à s’inventer leur propre aventure et à la mettre en musique eux-mêmes.

Quel a été le plus gros challenge de cette expédition au Canada pour moi ?

C’est la plus grosse expé que je n’ai jamais organisée. Déjà rien que cela, c’est excitant. Avec un mois d’autonomie complète, l’organisation devait être impeccable à tous niveaux : matos, nourriture, logistique mais aussi préparation technique des participants.

Mais il fallait surtout que je réussisse à m’intégrer dans un groupe de 4 aventuriers nettement plus jeunes que moi, pour qui beaucoup de choses étaient nouvelles. Je ne voulais pas être leur guide mais je voulais vivre quelque chose de fort ensemble avec eux tout en leur partageant mon expérience et ce qui fait sens pour moi.

Pour mes compagnons, le packraft sur la Nahanni c’était surtout un moyen de transport pour accéder à la Fleur de Lotus. Pour moi c’était beaucoup plus. Dès le départ, j’ai senti que mon plus gros challenge serait de les aider à dépasser leur quête légitime d’un sommet pour rentrer dans cette Nahanni avec ses rapides, ses longs moments de plat et cette musique intérieure qu’elle peut nous faire découvrir. De ce challenge dépendait pour moi la réussite de l’expédition. D’une part sur le mois d’autonomie dans ces grands espaces, il n’y avait que deux ou trois jours d’escalade et c’est long un mois. D’autre part, il fallait que les deux objectifs se rencontrent et s’enrichissent l’un l’autre, sinon nous allions nous retrouver bien seuls ensembles.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour moi ?

Oui, bien sûr, physiquement, j’ai touché mes limites car c’était énorme sportivement parlant, mais c’est surtout psychiquement que cela a été le plus dur.

Quand tu es le plus expérimenté et que tu anticipes donc plus que les autres ce qui pourrait mal se passer, tu dois un peu au début tout expliquer et imposer certains rituels : comment monter le camp, utiliser les réchauds à essence, faire la cuisine, ranger le camp avant d’aller dormir en tenant compte des ours, imposer le port du gilet de sauvetage et du casque même sur le plat, faire sécher les sacs étanches pour éviter la moisissure, etc. Tu dois un peu faire attention à tout et tu interviens un peu sur tout à tout bout de champ. Bref même si tu fais attention à la manière de le faire, t’es souvent vite perçu comme un peu « chiant » par les autres.

Moi, d’habitude je tiens ce rôle là pendant les deux premiers jours, et puis je laisse les rituels s’installer, voir se modifier. Je ne suis pas guide et je ne veux pas prendre tout sur mes épaules, c’est contraire à ma philosophie de l’aventure. J’essaie d’être juste un catalyseur pour faciliter la prise d’autonomie dans la gestion des risques inhérents à toutes aventures et finalement … à la vie.

Le problème c’est que souvent, et c’était le cas ici, il y a un retour de manivelle. Lorsque la réaction prend, le catalyseur se voit un peu éjecté de la réaction. D’une part en s’appropriant les rituels, on a tendance à vouloir abaisser celui qui les a introduits. D’autre part, le catalyseur qui n’est plus essentiel au démarrage de la réaction se sent lui un peu inutile et mal à l’aise. Il doit s’inventer un nouveau rôle dans le groupe. D’une certaine façon, c’est sain, mais ici les deux premiers jours de rivière avaient aussi été les plus difficiles techniquement et psychologiquement à gérer. J’étais épuisé et j’ai eu un peu de peine à vivre ce passage somme toute assez classique. Mais tout le monde était fatigué et réagissait comme il pouvait. Tout cela était bien compréhensible. Nous en avons parlé et c’était des moments forts. Mais hypnotisés par le sommet, les autres membres de l’équipe n’ont pas tout de suite compris ce dont je parlais, même si nous avons réussi à bien gérer cela. Il m’a fallu du temps pour revenir dans le groupe mais nous y sommes arrivés. Ce fut une magnifique expédition pour tous et elle nous a vraiment rapprochés.

En quoi la différence d’âge complique-t-elle les choses

C’est très curieux comme situation car je suis plus âgé que leur père. Au début cela crée une gêne mais cela ne dure jamais longtemps. Très vite tout le monde se lâche et raconte des blagues douteuses sans faire de différence. C’est la magie de l’expé.

Le problème ici c’était que j’étais le seul “vieux” et que sur les 550 km de rivière, il y avait beaucoup de grands plats où les discussions sont le principal passe-temps. Et là les jeunes, ils causent, ils causent… J’ai essayé d’écouter et de me joindre à leur conversation, mais très vite, j’ai dû admettre qu’en fait, je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’ils racontaient. Ils parlaient de clips vidéo Youtube, de séries, de films culte comme Star Wars ou Le Seigneur des Anneaux avec une multitude de détails dont j’étais loin d’’imaginer la complexité.

J’ai bien essayé de lancer quelques sujets mais ils me renvoyaient le même regard d’incompréhension que moi face à leurs discussions. 
Bref, oui plus que le physique, avec l’âge, c’est aussi la différence culturelle qui crée un fossé. Mais c’est aussi la richesse de ce genre d’expéditions que de combler ces fossés. De ce point de vue cette expédition fut une réussite et c’est ce que j’aimerais aussi vous raconter dans ce film.

Dominique Snyers

Intentions du producteur

Après vision d’un premier montage que Dominique Snyers a réalisé tout seul, j’ai vu avec mon expérience de producteur, qu’il y avait la possibilité de réaliser un très beau film d’aventure à plusieurs couches pour le grand public.

Dans cette aventure, il y a d’abord le dépassement de soi, et il y a l’entraide pour permettre à l’autre de réaliser son rêve. Et puis il y a le chemin. Avant l’escalade proprement dite, il y a l’envie, la préparation, la marche d’approche pour arriver face au défi, le défi ensuite, et puis l’atterrissage après le défi, le retour, avant de pouvoir le partager avec les autres, ceux qui ne sont pas partis. Il y a l’aventure humaine de réussir en un mois, de faire vivre un groupe qui ne se connaissait pas ou peu au départ, de parvenir à réaliser un défi dans l’esprit d’entraide et de plaisirs et de le vivre ensemble.

Et puis, il y a l’aventure de Dom, celui qui a partagé avec tellement de gens l’Aventure et la découverte de lieux inconnus. Il y a son histoire, lui qui à 57 ans se retrouve parfois bien seul avec des jeunes de moins de 26 ans avec qui il devient de plus en plus difficile de partager le même projet, le même univers. L’âge devient aussi un challenge personnel qu’il faut aborder les yeux grands ouverts, même si les rêves continuent à nous faire avancer.  C’est ce que “Le passeur de la Nahanni” raconte, c’est pour cela que je suis partant pour soutenir, produire ce film documentaire car je suis convaincu que ce film est fait pour raconter une belle aventure et touchera un large public qui continue à rêver d’aventures et d’exploits. Aidez-nous à faire de ce film un grand film et à le partager.

Le film aura 3 parcours distincts : la diffusion dans les festivals internationaux pour laquelle nous bénéficierons des contacts que nous avons tissé avec le film “Le pouvoir des rêves” (plus de 26 festivals) ; la diffusion en télé où nous visons des diffusions du film sur la RTBF  et sur les chaines d’aventures ; la diffusion du film en Belgique en collaboration avec le Club Alpin de Belgique pour sensibiliser les jeunes à l’escalade et au besoin d’être entourés pour la pratique de ce sport.

Philippe Sellier, Triangle7