Ali et Aliette sont les deux personnages du film. A leurs côtés, dans les coulisses de la réalisation du film, il y a Anne, co-réalisatrice du film et Philippe, producteur du film avec son équipe professionnelle.

Qui est Ali

Ali, 28 ans, vient de Diyala, une ville où, avant la guerre, les enfants couraient dehors en toute liberté et s’endormaient sur le toit des maisons en regardant les étoiles. Il a le sens de la famille, de l’honneur, du devoir.

C’était un enfant puis un jeune homme boulimique de vie. Il a exercé trois métiers: mécanicien, vétérinaire et technicien internet. La guerre, la montée et l’explosion du terrorisme ont changé la donne. Ali a vu les bombes exploser, les commandos patrouiller, tuant des dizaines de personnes chaque jour. Il s’est révolté et s’est porté volontaire avec un groupe de guerriers mandaté par les Américains, pour combattre les extrémistes qui avaient envahi sa ville. Ali s’est raccroché à l’espoir de rétablir la paix. Il a sacrifié des jours et des nuits de sa jeunesse pour garantir l’ordre public.

La paix en Irak est restée instable jusqu’à ce jour. Ali a essayé de s’accommoder de la nouvelle donne de son pays. Il a essayé de construire un futur acceptable, mais le danger reste une réalité de tous les jours. Kidnappings, meurtres, attentats sont le quotidien d’Ali, de ses proches. Il perd son amoureuse, mariée de force, à cause des traditions, des tensions entre groupes. Il est menacé. ll perd l’espoir de parvenir à être l’homme qu’il veut être. Ne s’avouant pas vaincu, Ali décide de partir construire sa vie en Europe. Son voyage est initiatique. Il traverse sept pays, pense mourir en mer et ne se remet pas des histoires de bateaux chavirés, de corps d’enfants échoués. C’est à ce moment-là qu’il décide d’écrire un livre. En mémoire de tous les oubliés de la terre qui la piétinent avant de finir en mer, sans que l’ordre du monde n’en soit bouleversé. Arrivé en Belgique, le pays de ses rêves, il se dit qu’il a réussi. Finis les jours noirs, les impasses humaines. Ali croit en les droits de l’homme, la démocratie. Il a atteint son but. Il va construire le futur dont il avait rêvé. Il campe au parc Maximilien et se met en quête d’un auteur pour écrire son histoire. Là, Il rencontre Aliette et Anne.

Qui est Aliette

Je suis maman, auteure, animatrice d’ateliers d’écriture. Je faisais du bénévolat au Parc Maximilien où j’ai rencontré Ali qui cherchait quelqu’un pour écrire son histoire. Nous l’avons écrite ensemble, à quatre mains. Mes enfants, Anouk et Théliau, ont fini par inviter Ali à vivre avec notre famille. J’aime à dire avec une certaine ironie à propos de la présence d’Ali : « Les humains ont des habitudes similaires. Ali mangeait trois repas par jour, essayait de dormir la nuit, et détestait se lever tôt, tout comme nous. Il aimait cuisiner des plats copieux, s’amuser avec les enfants, promener le chien, bricoler, discuter pendant des heures en buvant du vin rouge. »

Qui est la famille d’Aliette

Il y a Emmanuel, le mari des longues soirées bavardes sur la terrasse de la maison, Anouk (qu’Ali surnomme “Chocolat show”), Théliau (qu’Ali appelle “my best friend”) et Quarlos, le chien. Ils ont accepté d’être filmés dans leur quotidien de famille pour Ali, parce qu’Ali était devenu un membre de la famille et qu’en famille on se serre les coudes, et parce que raconter l’histoire d’Ali pouvait aider d’autres Ali.

Qui est Anne

En septembre 2015, j’allais au Parc Maximilien avec Aliette. Quelques heures par ci par là pour trier des vêtements, vider des poubelles, ratisser, acheter des soutiens-gorge, compter des tentes, se donner bonne conscience peut-être. Puis nous avons rencontré Ali. Je pourrais être sa mère. Et pourtant, c’est lui qui m’a appris tant de choses, sur la résilience, sur l’espoir, sur la force de vivre. Ensemble, Ali, Aliette et moi, avons créé des projets artistiques qui posent les questions de l’accueil, de l’altérité, de l’égalité; nous étions les AAA. Au moment du départ d’Ali, j’étais à l’aéroport, je filmais pour le film, les derniers regards et l’égarement en eux. A ce moment, un de mes fils m’a envoyé le sms suivant: “Ali c’est la plus belle rencontre que j’ai faite”. Alors, avec Aliette on s’est dit qu’il fallait le faire ce film. Pour Ali, pour les autres jeunes qui, comme Ali, portent en eux, tel un étendard, l’espoir d’un autre monde et pour que nos jeunes, parfois un peu perdus, puissent les rencontrer.

Qui est Philippe

Je n’aurais pas dû l’écouter… non, c’est pas vrai. Un jour Anne m’appelle pour me parler d’Ali, et d’Aliette, du livre, de ce qu’il se passe entre eux. J’ai été touché par le geste d’Aliette et de sa famille, d’ouvrir les portes à un étranger, à un émigré. Ce geste, j’aurais aimé le faire et je ne l’ai pas fait. Blessé ou honteux également de la réaction de mon pays qui ne peut répondre aux rêves des hommes, pire qui essaie de tuer leurs rêves. Producteur de documentaire, je me suis dit que la meilleure façon d’agir était de raconter cette histoire. Né ailleurs, je n’ai rejoint la Belgique qu’à l’âge de mes 18 ans, sans problème car je suis belge, et peux voyager presque partout dans le monde en pleine liberté. Pourquoi la réciprocité n’est-elle pas valable pour les autres ? C’est pour cela que je m’engage auprès des AAA, Anne, Ali, Aliette, pour faire que ce film existe, qu’il soit le meilleur possible, qu’il soit vu. C’est mon engagement, mais je sais aussi que sans vous, nous n’y arriverons pas.